Péril sur la ville

Un été dans le quotidien animé des habitants de la butte Bellevue, dans le quartier populaire de Saint-Mauront, au cœur de Marseille… Le premier documentaire du journaliste marseillais Philippe Pujol, prix Albert-Londres 2014.

Pour accéder à la butte Bellevue, Kader file à scooter à vive allure, sans casque et en claquettes, à travers les rues serpentines du 3e arrondissement de Marseille. C’est l’été, les jets d’eau fusent et les cris des minots résonnent dans les ruelles. Ici, dans l’un des quartiers les plus pauvres de France, on ne trouve plus de commerces. Même le local du Parti communiste a baissé le rideau. « On nous a abandonnés« , peste Mme Tabet, surnommée « la shérif » par les jeunes. Malgré la misère, certains se prennent à rêver. Petit voyou repenti, Kader se voit acteur de cinéma quand Nour, qui s’est installée seule dans le quartier après avoir fui les coups de sa famille, s’imagine « à Londres, dans un loft, fumant une Vogue« . À l’Œuvre Paul-Hava, le père Vincent, un prêtre haut en couleur, prend soin de tout ce « village », où l’on parle italien, arabe ou comorien. Cet été-là, les habitants s’inquiètent de l’ouverture, votée par la mairie, d’une voie à double sens pour désengorger la butte. Ils redoutent l’enlaidissement de leur quartier et la disparition de son âme.

À juste distance
Pour son premier film, le journaliste marseillais Philippe Pujol, prix Albert-Londres 2014, s’est immergé dans le huis clos de la populaire butte Bellevue, située dans le quartier de Saint-Mauront, au plus près de ses habitants. À juste distance et sans misérabilisme, il capte des récits de vies abîmées et le désœuvrement d’une jeunesse depuis trop longtemps oubliée. Il montre aussi l’élan collectif contre l’aseptisation programmée du quartier, l’entraide et les moments de joie, comme celle éprouvée lorsque des « grands », sous un soleil brûlant, ouvrent les vannes sur les trottoirs. Une immersion à la fois lumineuse et touchante dans un morceau de France, laboratoire menacé du vivre-ensemble.

A visionner ici :

BDM à l’assaut du ciel

En 1871, le vent du soulèvement pour la justice sociale porté par les communards gagne Marseille. Un des premiers bataillons à se soulever sera celui de la Belle de mai. Partant du Boulevard de la Révolution et composé de plus de 60 % d’immigré.e.s, il est le premier à prendre les armes et le dernier à les déposer.

Avec près de 200 adolescents, Organon art compagnie est partie à la recherche des héritiers du Bataillon de la Belle de Mai, recherche concrétisée par un spectacle « Belle de mai, à l’assaut du ciel ».

Depuis le drame de la rue d’Aubagne, beaucoup auraient aperçu son fantôme, notamment dans l’entraide incroyable dont ce quartier a été capable pendant l’épidemie .

Comme en 1871, beaucoup se sont soulevés afin de traduire en acte une société de coopération qui redéfinisse le sens du mot Justice. Renouant avec la tradition du journal de mur, chère à la Commune de 1871, Organon art compagnie propose tous les 15 jours une nouvelle affiche-édition déployée dans toute la Belle de mai.

On y trouvera tel quel ou sous forme de QRcode à flasher des textes, reportages, urbex, danses,chants, jeux écrits par les enfants et adolescents du quartier, mais aussi toutes les informations utiles et nécessaires à la solidarité et l’entraide vers les plus fragilisés par la crise sanitaire et sociale.

Les murs vous parlent à la Belle de mai !

Vous pourrez voir un extrait du spectacle « Belle de mai à l’assaut du ciel » le mercredi 1er juillet à 18h au couvent Levat, 52 rue levat, lors de la soirée d’ouverture de la saison du couvent Levat.

Solidarités 13003

Suite aux difficultés rencontrées par les habitants pendant et après la pandémie,  un Collectif d’Habitants Organisés du 3ème (CHO) a mis en place un système d’entraide pour que personne ne soit seul/e dans le quartier.

Voici une publication du CHO à conserver et à faire passer à vos voisins

Solidarités, suite

FIN DE LA PERMANENCE TÉLÉPHONIQUE
du groupe d’entraide entre habitant.es du 13003

Marseille, le 5 mai 2020

Chers habitants.e.s du 3e et des autres arrondissements de Marseille,
Cher.es voisin.e.s et cher.es compagnonne.s impliqué.e.s dans le groupe d’entraide,
Chers partenaires du Groupe d’entraide du 3e,

– Dring … dring … Groupe d’entraide du 3e, bonjour. Comment allez-vous ?

Cette réponse, les habitant.e.s du 3e et d’autres arrondissement de Marseille n’auront plus l’occasion de l’entendre en appelant le 08 05 38 42 44.
Le 2 mai, la coordination du Groupe d’entraide du 3e a décidé de mettre fin à la plateforme téléphonique. Malgré son utilité pour les habitant.e.s et partenaires, malgré l’implication de celles et ceux qui tentent, au mieux de leurs moyens, de répondre à l’urgence sociale et sanitaire.
A partir du 6 mai, les habitant.e.s de Marseille et particulièrement du 3e arrondissement n’auront plus la possibilité d’être écouté.e.s, conseillé.e.s et mis.e.s en relation avec un réseau d’entraide de voisin.e.s en appelant le 08 05 38 42 44.

En arrêtant la permanence téléphonique, on demande donc que les institutions assurent dès maintenant un accueil inconditionnel et accordent le soutien attendu et nécessaire aux personnes et familles pour leur permettre de vivre dignement.

Une messagerie pour orienter celles et ceux qui appelleront.
Au 08 05 38 42 44 vous trouverez une messagerie pour vous orienter vers les structures institutionnelles et associatives. Vous trouverez des numéros de téléphone de structures que vous pourrez appeler pour obtenir
des aides alimentaires et administratives.

Pourquoi arrêter ?

– Fatigués par des semaines à faire le travail des institutions, nous n’avons ni la force ni les moyens de faire durant des mois le travail des pouvoirs publics qui n’assument pas leurs devoirs envers ses citoyens.

– Face à l’ampleur des demandes toujours grandissantes cela n’est plus tenable. Les besoins et les urgences ne cessent de grandir et malgré les efforts consentis par les membres du Groupe d’entraide pour multiplier les solutions avec l’aide des associations et autres collectifs mobilisés, les solutions sont jamais assez nombreuses.

– Parce que le Groupe d’entraide ne peut admettre que les habitants du 3e soient des oubliés et abandonnés de la République, il devient urgent de s’organiser pour réfléchir à l’après confinement.

– Parce qu’il est aussi urgent de se donner les moyens d’analyser et de partager nos colères, de faire part de nos revendications, de réveiller les acteurs des politiques publiques, d’agir, de s’organiser et lutter pour que nos libertés et nos droits fondamentaux soient enfin respectés.

La permanence c’était beaucoup de solidarité

Depuis le 20 mars, 4, puis 10 puis 16 compagnon.ne.s bénévoles ont décroché le téléphone 649 fois, et rappelé une bonne partie des personnes qui ont laissées les 538 messages vocaux sur le répondeur. La plateforme téléphonique du Groupe d’entraide née le 20 mars 2020, dans un contexte pandémique aura permis à 2096 personnes (959 adultes et 1137 enfants), soit environ 538 familles (dont 350 familles du 3e) de trouver une écoute bienveillante et de petites solutions.
Depuis le 20 mars, le 08 05 38 42 44 a répondu. C’est déjà ça. C’est même beaucoup lorsque, depuis le début du confinement, les numéros du Conseil Départemental, de la Mairie ou de l’Etat sonnent le plus souvent
occupés ou dans le vide. Là, des personnes solidaires donnent le temps nécessaire pour écouter des voisin·e·s, entendre leur grandes inquiétudes, recueillir leurs besoins, les rassurer, les orienter, leur proposer des pistes de solutions, mais surtout leur dire qu’ils seront rappelés.
A la suite de chaque permanence, c’est ensuite tout un réseau d’entraide entre habitants qui s’est mis en action. La plateforme téléphonique, ce numéro vert qui circule de bouche à oreille et sur facebook, a été le point d’entrée de ce réseau de solidarité.
En arrêtant la permanence téléphonique, on demande et espère que les institutions assurent dès maintenant un accueil inconditionnel et accordent le soutien attendu et nécessaire aux personnes et familles pour leur permettre de vivre dignement.
La solidarité marseillaise, elle, continue !

Le Groupe d’entraide du 3ème

https://mailchi.mp/621ee8fcdc5f/fin-de-la-permanence-tlphonique-du-groupe-dentraide-entre-habitantes-du-13003?e=[UNIQID]

Solidarités?

Après nous avoir spolié l’espace patrimonial remarquable de la maternité de la Belle de mai dans le 3ème arrondissement, qui aurait pu pallier quelques unes des nombreuses carences en services publics de ce territoire : écoles, crèches, bibliothèque, … etc , le « Village Vacance Club du Soleil » ne semble pas encore avoir manifesté rentrer dans la boucle des initiatives solidaires déployées sur le 3ème par les habitants, collectifs, associations, entreprises privées comme Le Chapiteau ou structure comme La Friche.
Pourtant le Village Vacance Club du Soleil affiche, sur son site web, des valeurs fondées sur l’humain :
« L’entreprise déploie un modèle économique original, fondé sur l’humain avant tout, dans une volonté de réussite économique, commerciale et sociale. Renouveler, améliorer et diversifier l’offre pour un service toujours plus qualitatif et innovant. Avancer en conservant l’intime conviction que le temps des vacances permet à tous d’imaginer un monde meilleur, credo fondateur de l’entreprise Les Villages Clubs du Soleil. Respect solidarité excellence ont formé avant l’heure de la RSE l’engagement de Villages Clubs du Soleil, sur une Responsabilité Sociale, et Environnementale différente. »
Or aujourd’hui c’est du faire dont nous avons besoin et bien sûr du faire ensemble, plus que des paroles…
Le 3ème arrondissement vit une crise humanitaire grave qui plonge ses habitants déjà précaires dans une plus grande misère. Les problèmes sont multiples : alimentation, logement, perte d’emploi, angoisses, fracture numérique…etc. Les militants font ce qu’ils peuvent avec peu de moyens et n’ont pas le temps de s’occuper de la coordination et de la communication qui permettraient aux familles qui n’ont pas l’habitude de bénéficier d’aides, de repérer les dispositifs existants. Cette crise va s’amplifier dans les mois à venir et le réseau tissé principalement par des bénévoles ne suffira plus, pour répondre aux besoins et surtout pour faciliter le passage vers l’après.
Dans ce contexte, nous réclamons et plus spécifiquement aux entreprises implantées dans notre quartier, comme celles du Pôle Média, les « Fab Lab » ou le Village Club du Soleil, qu’elles prennent enfin la mesure de cette crise dont les répercussions vont se faire ressentir dans le temps, surtout pour les plus précaires, et participent à l’effort de cette solidarité de proximité.
Des habitant.e.s militant.e.s du 13003